La sagesse du souffle

Malgré le fait d’avoir pratiqué les arts martiaux depuis ma plus tendre enfance, je ne me suis réellement intéressé aux mystères de la respiration relativement tard par rapport à toutes ces années de pratiques martiales.


Une fois encore, il faudrai bien entendu plusieurs ouvrages, eux mêmes agrémenté de plusieurs thèses pour pouvoir couvrir intégralement le sujet ; loin de moi cette idée car l’énumération exhaustive de tous les phénomènes liés au souffle et à leur dérivés demanderait un travail gigantesque, compte tenu du fait que toutes les connaissances relatives à ce sujet sont encore incomplètes et que, à mon humble avis, grand nombre de ses aspects n’ont même pas encore été explorées. Je vais donc simplement me contenter de souligner son importance à travers ce que je considère comme étant essentiel pour pouvoir établir des liens en rapport avec la pratique des arts martiaux.


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Scientifiquement parlant, la respiration est définie comme étant un “processus physiologique” permettant d’approvisionner l’organisme en oxygène, de ce fait, libère du dioxyde de carbone (CO2). Elle contient principalement deux mouvements caractéristiques, “l’inspiration” et “l’expiration” eux-mêmes contrôlés par “le système nerveux autonome” ce qui fait de la respiration une fonction inconsciente par défaut. Celle-ci est permise par la contraction et la décontraction du diaphragme qui est un alignement de muscles intercostaux qui induit une dépression dans les poumons (organe principal de la respiration chez l’homme) permettant l’entrée de l’air. L’expiration correspond au relâchement de ses muscles et à la sortie de l’air des poumons.



Pour nous autres fervents adeptes des arts martiaux, il s’agit d’un "processus naturel et universel”. Nous retrouvons le principe de “contraction - décontraction” que j’enseigne à travers mon style de Wingtsun par le biai de la forme “Siu-nim-tao”, dans ma pratique du nei-Kung, et dans l’élaboration de mes techniques de combat que j’applique depuis de nombreuses années avec succès.


La respiration possède donc à mon sens des facultés qui vont bien au-delà de son aspect physiologique et il est dommage, pour ne pas dire préjudiciable d’y accorder aussi peu d’importance, dès lors qu’on réalise que celle-ci est la fonction majeure du développement et du maintien de la vie. L’organisme est alimenté par :

  • l’apport de nutriments (alimentation)

  • le sommeil (régénération)

  • la respiration pulmonaire (oxygénation, élimination des toxines, régénération)


La respiration remplit la plus complète des fonctions. C’est une fonction vitale commandée par le centre respiratoire situé au niveau du bulbe rachidien. C’est parce qu'elle est indispensable qu’elle est automatique. Cependant, elle demeure malheureusement incomplète, car la respiration automatique inconsciente est juste suffisante pour maintenir la vie. En effet, elle n’alimente que 10 à 15% de la capacité de nos poumons et ceux qui s’en contentent y entretiennent 80 à 90% d’air vicié. En ajoutant à cela la fumée du tabac, des drogues et d’autres substances, la pollution et autres injections de toxines, je vous laisse imaginer la suite…


Il est possible de se passer de boire pendant plusieurs heures.

Il est possible de se passer de dormir pendant plusieurs jours.

Il est possible de se passer de manger pendant plusieurs semaines.

Il est seulement possible de se passer de respirer quelques minutes


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Seuls quelques cas exceptionnels tels que certains Maîtres de Yoga, les fameux plongeurs d‘Acapulco, de certains spécialistes de l’apnée et des arts martiaux ont pu repousser à l’extrême ces limites par un entraînement et une concentration intense.



Plus la respiration est complète, plus elle apporte de la vitalité au corps. C'est par les poumons que le sang se charge en oxygène afin d'être purifié. L'oxygène brûle les déchets de nutrition et de désassimilation toxiques du sang pour les rejeter en acide carbonique volatile, expulsés lors de l'expiration. Le cerveau utilise à lui seul plus d' un-tiers de l'oxygène absorbée.


L'homme ne sait pas respirer car il n'a pas appris ou plutôt désappris la respiration qu'il effectuait naturellement étant bébé. La capacité respiratoire est d'environ

  • 3 litres pour la femme sédentaire,

  • 4 à 6 litres chez le travailleur ayant une activité physique,

  • 7 à 8 litres chez le sportif de haut niveau.


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La respiration apporte à notre corps un renouvellement cellulaire. Plus la respiration est complète, plus elle apporte de la vitalité au corps. Si vous demandez à vos proches quelle est la définition de respirer, vous obtiendrez de l'étonnement car respirer c'est banal et automatique donc pourquoi l'étudier ? Pour tous ceux qui connaissent la sérénité, les sportifs avertis, les professionnels de la gestion du stress ainsi que les grands initiés et adeptes des arts martiaux, respirer prend une tout autre tournure, elle symbolise la fonction vitale par excellence.


Je conclus cette première partie par deux notions de moralité qui enseignent que :

“ bien respirer c'est bien vivre” et c'est cette qualité de vie qui nous intéresse ;

"respirer" c'est “être” et c'est pour cela que nous sommes des “êtres humains”.


Daï-Sifu Claude

Article Inside PWTS n°8 Juillet 2017